Septembre touche à sa fin et le jardin commence doucement à se vider.
Les tomates sont récoltées, les dahlias tirent leur révérence, et une certaine mélancolie s’installe entre les rangs.
Pourtant, c’est précisément maintenant que tout se joue pour la saison suivante.
Les jardiniers qui prennent le temps de planter quelques bulbes et vivaces avant les premières gelées sont toujours ceux qui profitent des plus beaux jardins au mois de mars.
Ce n’est pas un secret bien gardé, c’est simplement une question de timing.
Voici cinq fleurs à mettre en terre avant la fin du mois de septembre pour transformer votre jardin en tableau coloré dès les premiers beaux jours.
Pourquoi planter en automne plutôt qu’au printemps ?
Beaucoup de jardiniers débutants font l’erreur d’attendre le printemps pour planter. C’est compréhensible, on associe naturellement les fleurs à la chaleur et au soleil. Mais certaines plantes ont besoin d’une période de froid pour se développer correctement. Ce phénomène s’appelle la vernalisation : il s’agit d’un processus biologique au cours duquel la plante subit des températures basses pendant plusieurs semaines pour déclencher sa floraison.
Les bulbes à floraison printanière, par exemple, ne fleuriront tout simplement pas si vous les plantez en mars. Ils ont besoin de passer l’hiver dans le sol pour accumuler l’énergie nécessaire à leur développement. La terre de septembre est encore souple, facile à travailler, et les racines ont le temps de s’installer avant que le gel ne bloque toute activité. C’est la fenêtre idéale.
Les 5 fleurs à planter avant la fin septembre
1. Les tulipes, le classique indémodable
La tulipe (Tulipa) est sans doute la reine des bulbes à planter en automne. Originaire d’Asie centrale, elle a conquis les jardins européens depuis le XVIe siècle et ne cesse depuis de se décliner en centaines de variétés. Couleurs unies, bicolores, franges, perroquets, doubles… il y en a pour tous les goûts et tous les styles de jardins.
Pour réussir vos tulipes, plantez les bulbes à une profondeur d’environ trois fois leur diamètre, soit généralement entre 10 et 15 cm. Choisissez un emplacement bien drainé car les bulbes de tulipes détestent stagner dans l’eau. Un sol trop humide en hiver provoque leur pourrissement. Si votre terrain est argileux et compact, n’hésitez pas à incorporer du sable grossier au fond du trou de plantation.
Les tulipes se plaisent en plein soleil ou mi-ombre légère. Plantez-les en groupes de 10 à 15 bulbes minimum pour un effet visuel réellement impactant. Elles fleuriront entre mars et mai selon les variétés.
2. Les jonquilles et narcisses, fidèles et sans entretien
Si vous cherchez une fleur facile, résistante et capable de se naturaliser dans votre jardin sans que vous ayez à vous en occuper chaque année, les narcisses (Narcissus) sont faits pour vous. Contrairement aux tulipes qui s’épuisent parfois au bout de quelques années, les narcisses reviennent d’année en année avec une belle régularité, et leurs touffes s’élargissent progressivement.
Autre avantage non négligeable : les narcisses ne craignent pas les rongeurs. Les campagnols et mulots qui adorent grignoter les bulbes de tulipes laissent les narcisses tranquilles car ils sont légèrement toxiques. C’est une information pratique si vous avez ce type de problème dans votre jardin.
Plantez les bulbes à environ 10 à 12 cm de profondeur, dans un sol ordinaire, même légèrement humide. Ils tolèrent la mi-ombre, ce qui en fait d’excellents candidats pour les jardins arborés. La floraison intervient généralement entre février et avril, selon les variétés et le climat local.
3. Les crocus, les premiers à braver le froid
Qui n’a jamais vu pointer les premières fleurs mauves ou jaunes d’un crocus (Crocus) à travers une légère couche de neige ? Ces petits bulbes sont souvent les premiers à fleurir en fin d’hiver, parfois dès le mois de janvier ou février dans les régions les plus douces. Ils annoncent le printemps bien avant que la température ne remonte réellement.
Les crocus sont particulièrement adaptés à la naturalisation dans les pelouses. Plantez-les en les dispersant de façon aléatoire pour un rendu naturel, puis attendez que le feuillage jaunisse complètement avant de tondre. Ils se multiplient seuls d’une année sur l’autre et forment de jolis tapis colorés au fil du temps.
La plantation est simple : enfoncez les petits cormes à 5 à 8 cm de profondeur, en grand nombre pour un bel effet. Comptez une cinquantaine de bulbes pour couvrir un mètre carré de façon généreuse. Ils acceptent le plein soleil comme la mi-ombre.
4. La pensée, pour une floraison dès l’automne et au printemps
La pensée (Viola wittrockiana) mérite une mention particulière car elle offre quelque chose que les bulbes ne peuvent pas donner : une floraison qui commence dès l’automne et reprend de plus belle au printemps. Plantée en septembre, elle fleurira quelques semaines plus tard, marquera une pause pendant les grands froids, puis repartira vigoureusement dès les premiers redoux de février ou mars.
C’est une plante bisannuelle que l’on trouve facilement en godets dans les jardineries à cette période de l’année. Elle se plaît dans les massifs, les bacs, les jardinières de balcon ou les bordures. Sa palette de couleurs est exceptionnellement large : blanc, jaune, orange, violet, bordeaux, bicolore…
Pour bien réussir vos pensées d’automne, choisissez des plants compacts et bien ramifiés plutôt que des plants déjà très fleuris et allongés. Installez-les dans un sol bien drainé et enrichi en compost. Un arrosage régulier en l’absence de pluie suffira à les maintenir en bonne santé. Supprimez les fleurs fanées régulièrement pour stimuler la production de nouveaux boutons floraux.
5. La myosotis, pour un tapis de bleu au printemps
Le myosotis (Myosotis sylvatica) est une bisannuelle rustique qui se sème ou se plante en automne pour fleurir au printemps suivant. Ses petites fleurs bleu ciel, parfois roses ou blanches, forment des nuages aériens particulièrement élégants. Il est souvent associé aux tulipes dans les compositions de massifs, les deux se complétant parfaitement en termes de hauteur et de couleur.
Le myosotis est une plante généreuse qui se ressème spontanément d’une année sur l’autre. Une fois installé dans votre jardin, vous n’aurez plus à vous en préoccuper : il reviendra seul, parfois même un peu trop généreusement, mais il est facile à arracher si besoin.
Plantez des godets en septembre ou semez directement en place entre juillet et septembre. Il apprécie les sols frais et légèrement humides, ainsi que la mi-ombre. Sa floraison s’étale généralement d’avril à juin.
Quelques conseils pratiques pour réussir vos plantations d’automne
Préparer le sol avant de planter
Un bon sol est la base de tout. Avant de planter vos bulbes et vivaces, prenez le temps d’ameublir la terre sur une vingtaine de centimètres de profondeur. Incorporez du compost mûr pour améliorer la structure du sol et apporter des nutriments. Si votre sol est très argileux, ajoutez du sable de rivière pour améliorer le drainage. Si au contraire il est trop sableux et sec, le compost aidera à retenir l’humidité.
Respecter les profondeurs de plantation
La règle générale pour les bulbes est de les planter à une profondeur équivalente à deux ou trois fois leur diamètre. Un bulbe de tulipe de 4 cm de diamètre sera donc planté à environ 12 cm de profondeur. Cette règle n’est pas arbitraire : une profondeur insuffisante expose le bulbe au gel et aux variations de température, tandis qu’une profondeur excessive peut empêcher la jeune pousse d’atteindre la surface.
Protéger les plantations du gel intense
Dans les régions où les hivers sont rigoureux, un paillage appliqué après la plantation peut faire la différence. Quelques centimètres de feuilles mortes, d’écorces de pin ou de paille au-dessus des zones de plantation protégeront efficacement les bulbes des gelées les plus sévères. Ce paillage se décomposera progressivement et enrichira le sol en même temps.
Planter en quantité suffisante
C’est l’erreur la plus fréquente chez les jardiniers débutants : planter trop peu. Cinq tulipes dans un massif, ça ne fait pas d’effet. Cinquante tulipes, oui. N’hésitez pas à commander vos bulbes en grande quantité, d’autant que le prix unitaire diminue souvent quand on achète par lot. Les bulbes de bonne qualité se conservent quelques semaines dans un endroit frais et sec si vous ne pouvez pas tous les planter immédiatement.
Comment associer ces 5 fleurs pour un résultat harmonieux ?
L’art de la plantation en automne, c’est aussi l’art d’anticiper. Vous plantez aujourd’hui ce que vous verrez dans six mois. Pour créer un massif vraiment réussi, pensez à superposer les floraisons dans le temps et à jouer avec les hauteurs.
Une association classique et très efficace consiste à planter des crocus en première ligne, qui fleuriront en janvier-février, suivis des narcisses et des myosotis en mars-avril, puis des tulipes en avril-mai. Les pensées, plantées en bordure, assureront quant à elles une continuité colorée tout au long de cette période.
Pour les couleurs, vous pouvez jouer la carte de la cohérence en choisissant une palette restreinte — par exemple blanc, jaune et bleu — ou au contraire assumer le mélange généreux de teintes vives pour un jardin exubérant et joyeux. Les deux approches fonctionnent, tout est une question de goût personnel et de style de jardin.
Ce qu’il faut retenir, c’est que le jardin de printemps se construit maintenant. Chaque bulbe planté en septembre est une promesse faite à soi-même pour les mois qui viennent. Et quand les premières fleurs percent la terre froide de février, on se souvient toujours avec satisfaction de cette heure passée à genoux dans le jardin, les mains dans la terre, un soir de fin d’été.