Ça fait des mois que je tourne en rond avec les mêmes recettes. Le lundi, c’est pâtes. Le mercredi, c’est poulet.
Le vendredi, c’est pizza maison parce que tout le monde est fatigué et que personne ne veut se prendre la tête.
Mon mari ne dit rien, les enfants mangent sans se plaindre, mais moi je sais très bien que mon menu de semaine est devenu une sorte de routine un peu terne dont je n’arrive pas à sortir.
Alors quand une amie m’a parlé de ce qu’elle avait fait avec ChatGPT pour organiser ses repas, j’ai décidé de tenter l’expérience.
Pas pour révolutionner ma cuisine, juste pour voir.
Et franchement, le résultat m’a surprise, pas toujours dans le bon sens.
Comment j’ai procédé avec l’IA
Je ne suis pas une experte en intelligence artificielle. J’utilise mon téléphone, quelques applications, et c’est à peu près tout. Mais ChatGPT est accessible à tout le monde, gratuitement dans sa version de base, et l’interface est simple : vous tapez ce que vous voulez, et l’IA vous répond.
J’ai donc commencé par lui donner un maximum d’informations pour qu’il puisse travailler correctement. Voilà ce que je lui ai précisé :
- Une famille de quatre personnes, deux adultes et deux enfants de 8 et 11 ans
- Un budget courses alimentaires d’environ 150 euros par semaine
- Pas de poisson pour mon fils aîné, qui ne supporte pas l’odeur
- Une préférence pour des plats qui se préparent en moins de 45 minutes en semaine
- Un repas végétarien minimum par semaine
- Des produits de saison dans la mesure du possible
J’ai aussi précisé que je voulais une liste de courses organisée par rayon à la fin. Parce que si l’IA peut me faire gagner du temps sur ça aussi, autant en profiter.
Le menu proposé par l’IA : le détail jour par jour
En quelques secondes, ChatGPT m’a sorti un menu complet pour sept jours. Je vais vous le partager tel qu’il me l’a proposé, avec mes impressions à chaud.
| Jour | Déjeuner | Dîner |
|---|---|---|
| Lundi | Soupe de légumes maison + tartines | Poulet rôti aux herbes, haricots verts, riz |
| Mardi | Quiche lorraine + salade verte | Pâtes à la bolognaise maison |
| Mercredi | Croque-monsieur + soupe de tomates | Curry de pois chiches, riz basmati (repas végétarien) |
| Jeudi | Restes du curry + pain | Steak haché, purée maison, carottes glacées |
| Vendredi | Salade composée (œufs durs, maïs, tomates) | Tacos maison au poulet, guacamole, fromage râpé |
| Samedi | Brunch : pancakes, œufs brouillés, fruits frais | Gratin dauphinois, jambon à l’os, salade |
| Dimanche | Rôti de porc, légumes du four, pommes de terre | Velouté de butternut, tartines de fromage |
À première lecture, je me suis dit que c’était plutôt bien fichu. Les plats sont accessibles, rien d’exotique qui ferait grimacer les enfants, et on sent que l’IA a essayé de varier les protéines et les types de cuisson. Elle a même pensé à intégrer les restes du curry du mercredi dans le déjeuner du jeudi, ce que j’ai trouvé vraiment malin.
Ce qui m’a vraiment bluffée
Soyons honnêtes : il y a des choses que l’IA a faites mieux que moi. Et je ne dis pas ça facilement.
La cohérence globale du menu
Ce qui m’a frappée en premier, c’est l’équilibre nutritionnel apparent du menu. Sans que je lui demande explicitement, l’IA a alterné les sources de protéines, intégré des légumineuses, proposé des légumes différents chaque jour et évité de répéter les mêmes féculents deux jours de suite. Moi, quand je fais mon menu à la main, je me retrouve souvent avec trois repas à base de pommes de terre dans la même semaine sans m’en rendre compte.
La liste de courses organisée
La liste de courses générée à la suite du menu était vraiment bien structurée. Elle était classée par catégories : fruits et légumes, viandes, produits laitiers, épicerie sèche, surgelés. Les quantités étaient précisées pour quatre personnes. J’ai juste eu à vérifier ce que j’avais déjà dans mes placards et à cocher ce qu’il me manquait. Ça m’a économisé facilement vingt minutes de réflexion.
L’idée du curry de pois chiches
Je n’aurais jamais pensé à proposer un curry de pois chiches à mes enfants un mercredi soir. J’avais cette idée reçue qu’ils n’aimeraient pas. Et bien, j’ai quand même testé. Mon fils de 8 ans a demandé si on pouvait en refaire la semaine suivante. Parfois, il faut juste qu’on nous pousse un peu hors de notre zone de confort culinaire.
Ce qui m’a moins convaincue
Parce qu’il serait malhonnête de ne parler que des points positifs.
Le budget, pas vraiment respecté
J’avais demandé un budget de 150 euros pour la semaine. Quand je suis allée faire mes courses avec la liste générée par l’IA, j’en ai eu pour 178 euros. L’IA ne connaît pas les prix réels de mon supermarché, ni les promotions du moment, ni le fait que le jambon à l’os est beaucoup plus cher que du jambon industriel. Elle propose des ingrédients de qualité sans vraiment tenir compte de la réalité des prix. Ce n’est pas un défaut rédhibitoire, mais c’est quelque chose à garder en tête.
Les portions, une vraie approximation
La quiche lorraine du mardi midi, l’IA m’a suggéré d’en faire une pour quatre personnes. Sauf que mes enfants mangent à la cantine le midi. Donc je me suis retrouvée avec une quiche pour deux adultes au déjeuner, et des restes que j’ai dû recaser. L’IA n’a pas pensé à me poser la question de savoir si tout le monde mangeait à la maison à chaque repas. C’est un détail, mais dans la vraie vie, ça change tout.
La saisonnalité, approximative
J’avais demandé des produits de saison. Le menu a été généré en automne. L’IA a proposé de la butternut, des carottes, des pommes de terre : jusque-là, c’est cohérent. Mais elle a aussi mis des tomates fraîches dans la salade du vendredi et du maïs en épi. En octobre, les tomates fraîches de plein champ n’existent plus vraiment, et le maïs frais non plus. Ce sont des petites erreurs qui montrent que l’IA ne sait pas vraiment en quelle saison on est, sauf si on le lui précise explicitement.
Zéro prise en compte des envies du moment
C’est peut-être la limite la plus évidente. Un menu de semaine, dans une vraie famille, ça se négocie. Mon mari avait envie de blanquette de veau ce soir-là. Ma fille voulait des crêpes. Moi j’avais vu une recette de tarte flambée sur Instagram qui me faisait de l’œil. L’IA ne sait rien de tout ça. Elle produit quelque chose de logique, de raisonnable, mais de totalement déconnecté des envies du moment. Et dans une cuisine familiale, les envies, ça compte.
Comment utiliser l’IA pour ses menus sans se tromper
Après cette expérience, j’ai quelques conseils à donner à ceux qui voudraient tenter la même chose.
- Soyez le plus précis possible dans votre demande. Donnez les allergies, les intolérances, le nombre exact de personnes présentes à chaque repas, le budget réaliste, les contraintes de temps.
- Précisez la saison et votre région si vous tenez aux produits locaux et de saison. L’IA ne le devine pas automatiquement.
- Utilisez le menu comme base, pas comme bible. Prenez les idées qui vous plaisent, remplacez ce qui ne vous convient pas. C’est un point de départ, pas un ordre.
- Vérifiez les prix avant de faire vos courses. La liste est bien faite, mais les montants estimés par l’IA sont souvent approximatifs.
- Demandez des variantes. Si un plat ne vous convient pas, dites-le à l’IA et demandez-lui une alternative. Elle s’adapte très bien.
Alors, bluffant ou à côté ?
Ni l’un ni l’autre complètement. L’IA m’a rendu un vrai service sur l’organisation, la variété et la cohérence du menu. Elle m’a fait gagner du temps et m’a sortie de mes habitudes. Mais elle ne remplacera jamais la connaissance intime qu’on a de sa propre famille, de ses goûts, de ses humeurs et de son budget réel. Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que l’IA est un outil, pas une cuisinière. Elle peut faire le gros du travail de réflexion, mais c’est toujours vous qui décidez ce qui finit dans l’assiette. Et ça, aucun algorithme ne peut vous l’enlever.
Je recommencerai l’expérience, c’est certain. Mais en lui donnant encore plus d’informations au départ, et en gardant la main sur les ajustements. Parce que c’est finalement ça, cuisiner pour sa famille : un mélange de logique, d’envie et de connaissance de ceux qu’on aime.