Septembre marque un tournant dans le jardin.
Les récoltes touchent à leur fin, les premières feuilles commencent à tomber, et le tas de compost, souvent négligé pendant l’été, retrouve une place centrale dans la routine du jardinier.
C’est précisément à cette période que la nature offre une abondance de matières organiques d’une qualité exceptionnelle pour alimenter le composteur.
Encore faut-il savoir lesquelles choisir, dans quel ordre les incorporer, et comprendre pourquoi certains déchets de septembre agissent comme un véritable accélérateur naturel sur la décomposition.
Ce que beaucoup ignorent, c’est que l’automne n’est pas une saison de mise en veille pour le compost, mais au contraire l’une des périodes les plus fertiles de l’année pour le faire progresser.
Pourquoi l’automne est une saison clé pour le compost
Le compostage repose sur l’activité de micro-organismes, de bactéries, de champignons et de décomposeurs comme les vers de terre. Ces organismes ont besoin de chaleur, d’humidité et d’un équilibre entre matières carbonées et azotées pour travailler efficacement. En septembre, les conditions sont souvent idéales : les températures restent douces, les pluies reviennent après la sécheresse estivale, et la matière organique disponible est à la fois abondante et variée.
Le jardin génère en automne une quantité impressionnante de déchets. Fanes de légumes, feuilles mortes, tontes tardives, résidus de potager… Tout cela constitue une ressource précieuse. Mais tous ces déchets ne se valent pas. Certains vont littéralement dynamiser le processus de décomposition, tandis que d’autres risquent de le ralentir s’ils sont mal utilisés.
L’équilibre carbone-azote : la règle d’or du composteur
Avant de lister les déchets de septembre les plus efficaces, il faut rappeler une notion fondamentale : le rapport carbone/azote, souvent appelé rapport C/N. Les micro-organismes qui décomposent la matière organique ont besoin d’environ 25 à 30 parties de carbone pour 1 partie d’azote pour fonctionner de manière optimale.
Les matières riches en azote, appelées matières vertes, sont humides, fraîches et se décomposent rapidement. Les matières riches en carbone, appelées matières brunes, sont sèches, fibreuses et se dégradent plus lentement. Un bon compost nécessite un mélange équilibré des deux. Trop de matières vertes, et le tas devient une masse compacte, humide et malodorante. Trop de matières brunes, et la décomposition s’arrête faute d’azote pour nourrir les micro-organismes.
Septembre est une saison particulièrement intéressante parce qu’elle fournit naturellement les deux types de matières en quantité suffisante.
Les déchets de septembre qui accélèrent la décomposition
Les fanes de légumes du potager
La fin de l’été signe la récolte des tomates, des courgettes, des haricots, des poivrons et des courges. Les fanes de ces légumes constituent une matière verte de premier choix. Riches en azote, elles se décomposent rapidement et stimulent l’activité microbienne dans le tas de compost. Les fanes de tomates, par exemple, apportent une bonne dose d’humidité et d’azote. Attention cependant : si les plants ont été touchés par le mildiou, il vaut mieux ne pas les composter pour éviter de propager la maladie.
Les fanes de haricots sont particulièrement intéressantes car les légumineuses ont la capacité de fixer l’azote atmosphérique dans leurs racines. En incorporant ces racines au compost, on enrichit le tas en azote de manière significative.
Les tontes de gazon de fin de saison
Les dernières tontes de septembre produisent une herbe encore verte et riche en azote. C’est l’un des accélérateurs les plus puissants pour le compost. L’herbe coupée se décompose très rapidement et génère de la chaleur, ce qui relance l’activité des micro-organismes. La montée en température au cœur du tas est un indicateur positif : elle signifie que la décomposition est active.
Le seul risque avec l’herbe coupée, c’est de l’incorporer en couches trop épaisses. Elle a tendance à se tasser et à former une sorte de tapis imperméable qui bloque la circulation de l’air. La bonne pratique consiste à mélanger les tontes avec des matières plus grossières comme des feuilles mortes ou des brindilles.
Les épluchures de fruits d’automne
Septembre marque le début des récoltes de pommes, de poires, de prunes et de raisins. Les épluchures et les résidus de ces fruits sont d’excellents activateurs de compost. Riches en sucres et en azote, ils sont rapidement colonisés par les micro-organismes et les champignons qui les décomposent en quelques semaines seulement.
Les marcs de pommes issus de la fabrication du cidre ou du jus de pomme maison méritent une mention spéciale. Ils sont particulièrement riches en sucres fermentescibles qui nourrissent les bactéries et accélèrent considérablement la décomposition de l’ensemble du tas.
Le marc de café et les sachets de thé
Ce déchet de cuisine souvent sous-estimé est pourtant l’un des meilleurs activateurs naturels du compost. Le marc de café contient environ 2 % d’azote, ce qui en fait une matière verte efficace. Il est légèrement acide, ce qui peut être bénéfique dans un compost trop basique. Les sachets de thé en papier peuvent être incorporés directement, à condition qu’ils ne contiennent pas de plastique.
Les premières feuilles mortes : à utiliser avec méthode
Les feuilles mortes sont la signature de l’automne. Elles représentent une matière brune riche en carbone, indispensable pour équilibrer les apports azotés. Mais leur décomposition est lente, surtout pour les feuilles coriaces comme celles du chêne ou du platane.
Pour accélérer leur dégradation, plusieurs techniques existent :
- Les broyer au tondeuse ou au broyeur avant de les incorporer au compost réduit leur taille et augmente leur surface de contact avec les micro-organismes
- Les mélanger avec des matières vertes comme les tontes de gazon ou les fanes de légumes crée l’équilibre C/N idéal
- Les humidifier légèrement si elles sont très sèches favorise leur colonisation par les champignons
Les feuilles de chêne et de noyer contiennent des tanins qui ralentissent la décomposition et peuvent être légèrement toxiques pour certaines plantes. Il vaut mieux les composter séparément ou en petites quantités mélangées à d’autres matières.
Les mauvaises herbes avant leur montée en graine
Septembre est souvent le dernier moment pour arracher les mauvaises herbes avant qu’elles ne produisent leurs graines. Ces herbes arrachées constituent une excellente matière verte pour le compost, à condition qu’elles n’aient pas encore formé de graines mûres. Les racines apportent de l’azote et des minéraux prélevés dans le sol, ce qui enrichit la future matière organique.
Les techniques pour booster la décomposition en automne
Aérer le tas régulièrement
L’oxygène est indispensable aux micro-organismes aérobies qui assurent une décomposition rapide et sans odeur. En septembre, après les apports importants de matières fraîches, il est recommandé de retourner le tas toutes les deux à trois semaines. Cette opération simple permet d’introduire de l’air, de mélanger les matières et de relancer la montée en température au cœur du compost.
Maintenir une humidité suffisante
La décomposition nécessite de l’humidité, mais pas trop. Un compost bien hydraté doit avoir la consistance d’une éponge essorée : humide au toucher, mais sans laisser couler d’eau quand on le presse. En septembre, les pluies automnales aident généralement à maintenir ce niveau d’humidité. Si le tas est exposé aux intempéries, un couvercle ou une bâche peut éviter qu’il ne se gorge d’eau.
Utiliser des activateurs naturels
Plusieurs substances naturelles peuvent accélérer la décomposition en apportant des micro-organismes ou des nutriments supplémentaires :
- Le purin d’ortie dilué est un activateur classique, riche en azote et en minéraux
- La terre de jardin saupoudrée en fine couche apporte des micro-organismes directement issus du sol
- Le compost mûr de l’année précédente, utilisé comme inoculant, ensemence le nouveau tas avec les bactéries et champignons déjà actifs
- Les cendres de bois en petite quantité apportent du potassium et régulent l’acidité du compost
Construire le tas en couches alternées
La technique des couches alternées reste la méthode la plus efficace pour créer un compost équilibré. En septembre, on peut construire ou enrichir son tas de la manière suivante :
- Une couche de matières brunes : feuilles mortes broyées, paille, carton non imprimé déchiqueté
- Une couche de matières vertes : fanes de légumes, tontes de gazon, épluchures de fruits
- Une fine couche de terre ou de compost mûr pour apporter les micro-organismes
- Répéter l’opération jusqu’à atteindre une hauteur d’environ un mètre
Ce qu’il ne faut pas mettre dans le compost en septembre
Certains déchets abondants en automne sont à éviter ou à utiliser avec précaution :
- Les plants malades (mildiou, oïdium) : les agents pathogènes peuvent survivre si le compost ne monte pas suffisamment en température
- Les feuilles de noyer en grande quantité : la juglone qu’elles contiennent est toxique pour de nombreuses plantes
- Les mauvaises herbes avec graines mûres : les graines peuvent survivre à la décomposition et envahir le jardin lors de l’épandage du compost
- Les épluchures d’agrumes en excès : leur écorce épaisse et leurs huiles essentielles ralentissent la décomposition et peuvent repousser les vers de terre
Le compost d’automne, un investissement pour le printemps
Un compost bien alimenté en septembre et entretenu tout au long de l’automne sera prêt à être utilisé au printemps suivant. En six à huit mois, les matières organiques apportées en septembre se transforment en un humus riche et équilibré, prêt à nourrir les cultures de la saison prochaine. Les jardiniers qui prennent soin de leur compost en automne récoltent au printemps une matière noire, grumeleuse et odorante qui améliore la structure du sol, sa capacité de rétention en eau et sa fertilité naturelle.
Les déchets de septembre ne sont donc pas de simples résidus à éliminer. Ils sont la matière première d’un cycle naturel qui transforme les restes du jardin en ressource précieuse. Comprendre lesquels choisir, comment les combiner et dans quelles proportions les incorporer au compost, c’est donner à son jardin les moyens de se nourrir lui-même, année après année, sans recourir à des engrais chimiques.